Le naufrage du Concordia a révélé qu'un curé
de village italien, qui avait déclaré à ses ouailles qu'il partait quelques jours pour une retraite "spirituelle", était en réalité à bord du bateau de croisière en la charmante compagnie
d'une "nièce" dont il partageait la cabine. Dieu, qui est juste et bon, n'a pas permis qu'il se noyât, mais plutôt que ses paroissiens sussent la chose, connussent ladite nièce, lui en fissent
reproche et qu'il en mourût quasiment de honte. A moins "qu'un beau désespoir alors le secourût..."°
°Horace, III,6
L'affiche du métro qui vous fait courir au Grand Palais !
et dont le nom curieux a de quoi surprendre !
Le théâtre est beau et on y entre comme pour un office, avec
respect.
Une salle hypostyle est le foyer,
sous la terre, dans la colline.
Et la salle est à
l'italienne, dans une architecture moderne aux éclairages soignés.
J'ai beaucoup aimé la pièce de David Lescot, Le Système de Ponzi : elle retrace la vie de Ponzi, cet escroc italien qui, en Amérique, au début du XXe, a ruiné des
milliers de petits épargnants en leur faisant miroiter des revenus mirobolants - 50% sur 45 jours ! - par le système qui consiste à rémunérer les dépôts avec le capital des nouveaux
investisseurs. Bernard Madoff était son émule. La pièce est enlevée, sur un rythme sans temps morts, par une dizaine de comédiens-chanteurs-musiciens qui interprètent près de quatre-vingts
personnages : des banquiers, des petites gens, des policiers et des détectives, des avocats, des employés et des repris de justice, presque tous appâtés par le gain, flairant l'arnaque et y
succombant. Et menant la danse, le personnage de Ponzi, son inénarrable femme Rose et sa vieille mère la veuve Imelda ! Je mentionne aussi son complice, un escroc rencontré en prison, qui se
goinfre des billets de banque qui ruissellent sur la scène. Ces gens-là se gavent jusqu'à la déconfiture finale : la mort au milieu des mouches dans un hôpital d'Amérique du sud. La pièce
se joue sans autre décor qu'une douzaine de grandes tables que les comédiens ajustent, assemblent, empilent, dressent, éparpillent, alignent... C'est visuellement très réussi et cela évoque un
tribunal, une prison, le pont d'un paquebot, la salle d'un hôpital, les guichets d'une banque... Les quatre musiciens accompagnent tout cela, évoquant le bruit de la mer, ou un charleston
endiablé...
Et en quittant le théâtre, prenant le
métro vers Barbès (-Rochechouart !) je trouvais au paysage des allures de Nouveau Monde !
Si les photos du post précédent et votre curiosité naturelle vous font pousser la porte de l'église Saint Merri,
outre de magnifiques orgues du XVIIè à la tribune, vous trouverez, dans le transept gauche, fort mal éclairé, un tableau de Simon Vouet. Simon fut dans sa jeunesse grand voyageur (Angleterre,
Constantinople) avant de découvrir l'Italie, à Venise et dans un long séjour à Rome de l'âge de 24 ans à celui de 37 ans, interrompu par un voyage à Gènes. Il a beaucoup peint dans la
capitale pontificale (jusqu'à un tableau dans San Pietro, aujourd'hui détruit). Quand il rentre en France, il devient peintre du roi (Louis XIII) et est le champion de ce baroque découvert
en Italie qu'il importe en France. Il meurt à 59 ans. Le très grand tableau que recèle l'église fut peint trois ans avant sa mort, en 1647. Le titre en est : Adoration du nom divin par
quatre saints : saints Pierre, apôtre, Merry et Frou, Léonard de Noblat. Un autre intitulé du tableau est : Saint Merri délivrant les prisonniers.On reconnaît St Pierre à gauche,
tenant la clé du Paradis ; St Merri (Médéric) et St Frou furent "offerts" enfants au monastère St André d'Autun, où ils devinrent moines et puis abbés (VIIè siècle). Saint Merri,
en voyage vers Paris, tomba malade et séjourna en Brie à Champeaux, près de chez nous, où se dresse aujourd'hui une magnifique collégiale gothique. Quant à St Léonard de Noblat, tout
le monde connaît : aujourd'hui à l'emplacement de son ermitage, où il vécut au VIè siècle, s'est établie une des grandes étapes sur le chemin de St Jacques de Compostelle. C'est près
de Limoges. Il est le saint libérateur des prisonniers et des victimes de toutes les oppressions. J'y ai vu des chaînes suspendues au dessus du tombeau du saint dans la collégiale de St
Léonard de Noblat, un chef d'oeuvre du roman (XIè et XIIè siècles).
(Cette reproduction n'a rien à voir avec les couleurs du tableau original)
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